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Compte tenu de la pyramide des âges, de nombreuses affaires seront à céder dans les prochaines années. Selon le ministère des finances, 185 000 entreprises sont susceptibles d’être cédées chaque année. En réalité, les chiffres varient fortement suivant les organismes observateurs, ils sont relativement imprécis en raison de la nature confidentielle et de la diversité des transactions. La certitude est qu’il existe de nombreuses opportunités en reprise d’entreprise et qu’il est par conséquent légitime de se poser la question : Rependre ou créer une entreprise ?

Les deux démarches ont des similitudes et des différences de tous ordres mais elles aboutissent au même résultat : Vous devenez chef d’entreprise

La création et la reprise d’entreprise

Les situations de reprise d’entreprise sont particulièrement variées. Reprendre une société dans laquelle on est salarié depuis quelques années est très différent de l’acquisition d’une affaire découverte par le biais d’un intermédiaire ou d’une petite annonce. Racheter un business florissant est d’une autre nature qu’une reprise à la barre du tribunal de commerce. Cependant quelles que soient les circonstances, la reprise a des points communs fondamentaux avec la création.

En reprenant une société, le repreneur va définir un projet qui lui permettra de convaincre, suivant les circonstances, le cédant, les actionnaires, les créanciers, les financiers… Ce projet peut être comparé à une démarche de création. Il va comporter tous les aspects d’une création. Il sera concrétisé par un business plan comparable à celui d’une création.

Reprise ou création exigent la même implication personnelle. Le travail à fournir est comparable : s’approprier une entreprise, obtenir l’adhésion des collaborateurs au projet lié à l’opération de reprise, comprendre son environnement, nécessite une quantité de travail équivalente à celle demandée par la création d’activité.

Comme dans le cas de la création, le soutien de l’environnement familial est un facteur important de la réussite du projet. La démarche, depuis la première idée jusqu’à sa réalisation est d’un durée similaire. 18 à 36 mois représentent une durée courante pour la réalisation d’une opération de cette nature.

La réflexion sur les compétences transposables et celle sur les capacités de financement est identique pour les deux démarches. Pour la reprise, les questions sont plus précises et mieux circonstanciées. Quand on reprend une activité existante, on peut plus facilement lister les compétences nécessaires et les besoins de financement. Les compétences se déterminent à travers celles du cédant et le besoin de financement dépend du prix de cession et des besoins d’investissement identifiés.

Une fois la reprise réalisée, les préoccupations du chef d’entreprise sont identiques à celles du créateur : motivation des équipes, développement commercial, exigence de la trésorerie, prévision d’investissement ….

Evoluer du statut de salarié pour reprendre ou créer nécessite une démarche identique : acquérir la posture de chef d’entreprise

Avantages de la reprise d’entreprise

Pour différencier les deux démarches, on peut dresser les avantages et les inconvénients de la reprise. On écarte ici la reprise d’entreprise en difficulté. Le plus souvent hors de portée des personnes physiques, cette particularité est dans les faits l’apanage des sociétés existantes. Nous n’évoquerons que la reprise d’entreprises profitables.

Chacun sait la difficulté pour le créateur de trouver ses premiers clients. Principal avantage, dans le cas d’une reprise, ils sont déjà existants. Cette différence fondamentale engendre plusieurs conséquences immédiates :

Les clients sont déjà là : les chances de succès augmentent. Les clients constituent le fondement de l’activité. Il conviendra de les développer, d’en trouver de nouveaux, mais la base est là ! Le marché existe, on a pu le mesurer, évaluer les risques, les potentialités en se basant sur des données factuelles issues de l’exploitation existante. En cas de rachat d’entreprise rentable cet indicateur est fondamental (dans les faits, il constitue un élément essentiel dans le prix de cession). Une inquiétude fondamentale dans le processus de création est la réalité de l’existence de clients susceptibles de payer au prix le produit ou le service proposé.

Résultat d’exploitation positif : dans le cadre d’une création, il faut souvent un temps long avant de trouver un équilibre d’exploitation. Dans le cadre d’une reprise, le résultat opérationnel est positif dans la plupart des cas. C’est assurément un élément essentiel dans la gestion de l’entreprise. Le passé de l’entreprise rend souvent plus facile le financement : l’existence d’états comptables antérieurs aide à convaincre les banques.

L’équipe est constituée : L’acquéreur bénéficie de l’expérience des collaborateurs de l’entreprise acquise avec lesquels les objectifs sont alignés : le développement ou à minima le maintien de l’activité existante. L’accompagnement par le cédant, sorte de formation accélérée, constitue également un élément de la fiabilité d’une opération de reprise. De même, les relations fournisseurs existent, là aussi, et si cela est nécessaire, il est plus aisé de les modifier à partir d’une situation existante.

Une rémunération immédiate : Enfin, un avantage fondamentalement différent par rapport à une création est l’existence d’une rémunération effective dès les premiers jours de la reprise. Elle sera évaluée par rapport à celle perçue par le cédant avant l’opération de cession. On sait que dans le cadre d’une création, le chef d’entreprise a souvent du mal à trouver rapidement un revenu régulier.

Au vu de ces avantages, la reprise semble une solution particulièrement intéressante pour devenir chef d’entreprise.

Inconvénients de la reprise d’entreprise

Cependant toute médaille a son revers et pour la reprise les inconvénients peuvent constituer un obstacle difficile à franchir :

Une démarche longue : La première des difficultés est de trouver l’entreprise cible qui fera l’objet d’une proposition d’achat. Le marché de la reprise est essentiellement caché. La « chasse » de la cible est longue. On évalue entre 12 et 18 mois le temps nécessaire à cet exercice. Il ne faut négliger ni le coût, ni les périodes critiques de découragement de cette période.

Une négociation à quitte ou double : Une fois la cible identifiée, débute la négociation, entre 6 mois et un an. Durant cette période, très chronophage, le repreneur ne regarde qu’un dossier. S’il n’aboutit pas, c’est un temps précieux qui est consommé. Contrairement aux idées reçues, la réalité du marché est que le nombre d’acquéreurs est largement supérieur au nombre de cédants, estimé à 3 repreneurs pour un cédant (les Echos novembre 2017). Jusqu’au dernier instant de la négociation, le cédant reste maitre de sa décision : signer ou non le protocole de vente. La tension est souvent particulièrement forte à la veille d’un closing.

Du cash à mobiliser immédiatement : La reprise d’entreprise nécessite de disposer de cash devant être mobilisé immédiatement à des hauteurs conséquentes. Les montages de reprise sont souvent complexes (L.B.O.) et les financements tendus. La recherche de prêts bancaires est alors difficile. Les exigences de garanties demandées par les financeurs peuvent être un frein aux opérations. Enfin, le risque de payer l’entreprise à un prix supérieur à sa valeur réelle peut constituer un fardeau pour la rentabilité future de l’entreprise.

Faire avec les collaborateurs choisis par un autre : Une fois dans l’entreprise, le repreneur travaille avec une équipe déjà constituée. Ce n’est pas lui qui l’a choisie. Apprendre à connaitre des collaborateurs installés dans des usages n’est pas sans risque. L’ancien dirigeant a déjà imprimé sa marque. La réaction du personnel existant peut réserver des surprises. Cet ensemble fait partie des risques non négligeables de la reprise. Parfois, le cédant peut lui même constituer un facteur de déstabilisation des salariés de l’entreprise reprise.

Une entreprise mois agile : Reprendre une entreprise, c’est reprendre son historique : la culture de l’entreprise, ses relations clients, ses relations fournisseurs. Parfois il est difficile de faire évoluer des relations anciennes au risque de fragiliser les équilibres économiques et financiers. Le repreneur devra s’adapter à une situation dont il ne découvrira réellement la réalité qu’une fois à la tête de l’entreprise. 

Conclusion

Nous l’avons vu, le processus de reprise est long. Il se décompose en plusieurs phases : la préparation, la chasse, la négociation, le closing. Cette période laisse le temps de saisir une opportunité de création.

En fonction de sa situation, de son tempérament, chacun choisira de créer ou reprendre une entreprise.

En réalité, ce choix peut évoluer au fil des circonstances. Et souvent, après une opération de reprise, un dirigeant décide de créer une société pour lancer une nouvelle activité ! De même, un créateur ayant réussi, peut se positionner sur un dossier de reprise pour accélérer son développement.

On le voit, quelle que soit la voie choisie, vous devenez chef d’entreprise !

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